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26 septembre 2006

"Vénus Express porte bien son nom"

Depuis le 11 avril 2006, la sonde Vénus Express tourne autour de la planète, pour nous livrer peu à peu ses secrets. A l'approche de ses tous premiers résultats, Pierre Drossart, directeur de recherche au Lesia, nous parle de cette mission à laquelle il collabore.

Pierre Drossart est directeur de recherche au Lesia (Laboratoire d'études spatiales et d'instrumentation en astrophysique de Meudon).

Pourquoi explorer de nouveau Vénus ?
Pierre Drossart : Effectivement, Vénus Express n'est pas la première mission à se rendre sur Vénus. Avant elle, les Russes l'ont fait dans les années 60, avec les sondes Venera et Vega, et nous ont offert les premières images de la planète. Puis les Américains, avec les sondes Pioneer à partir de 1978, ont mesuré son atmosphère. Ensuite, en 1990, la sonde Magellan, a cartographié toute la planète. On connaît donc ses reliefs et son volcanisme.
Enfin, deux survols ont suivi : la sonde Galileo en 1990, lors de son trajet vers Jupiter, et Cassini, en 2000. Mais ces survols ont été courts et les physiciens frustrés !
Bref, ces quelques missions n'ont pas permis de tout comprendre sur la planète ! Il reste beaucoup d'inconnues. D'où l'idée de la Vénus Express.

Pourquoi ce nom de Vénus Express ?
Vénus Express porte bien son Nom. D'une part elle est construite sur la même structure que Mars Express.
D'autre part, la mission est véritablement express : le projet a été monté en moins de 4 ans, c'est très court, un record pour l'ESA, et c'est même plus rapide que pour la plupart des missions planétaires menées par la Nasa.
Il se passe en général 6 ans entre la prise de décision de faire le projet et le lancement. Dans le cas de Vénus Express, l'appel à idées a été lancé en 2001, la sélection du projet s'est faite en 2002, la réalisation n'a pris que 3 ans, et le lancement a eu lieu le 9 novembre 2005 !
L'exploit a été rendu possible grâce à la réutilisation de nombreux instruments de "rechange" construits pour Mars Express ou Rosetta. Par exemple Spicav (un spectromètre), ou Virtis (un spectroimageur).

Concrètement, que va nous apporter cette mission sur la connaissance de Vénus ?
Vénus Express étudiera l'atmosphère de Vénus, de 0 à 250 km. La mission se concentrera particulièrement sur la basse atmosphère, que l'on connaît mal : située sous une épaisse couche de nuages, elle représente 50 km de haut. L'étude du rayonnement proche infrarouge permettra de déterminer avec précision sa composition chimique, et notamment de quantifier les éléments mineurs qui s'y trouvent.
La sonde permettra également de voir les deux pôles puisqu'elle est placée en orbite polaire. Ceci nous permettra de comprendre ce qui s'y passe.
On souhaite également comprendre les interactions entre les vents solaires et l'atmosphère, comparer ce qui se passe sur Mars, où l'atmosphère est peu épaisse et Vénus où elle est épaisse.
Finalement, on va surtout approfondir et étudier de manière quantitative des phénomènes déjà observés qualitativement. D'une manière générale, les découvertes demanderont un temps de gestation plus long que lorsqu'il s'agissait simplement de mesurer la temperature au sol de Vénus ou de decouvrir sa composition generale !

Vous avez travaillé sur un des 7 instruments qui équipe la sonde, Virtis. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet appareil ?
Virtis est un spectro-imageur. Cet appareil permet donc deux choses : il décompose la lumière par longueur d'onde et permet de connaître la composition chimique. De plus, il fournit également des images, prises sous différentes longueurs d'onde. Depuis la sonde Vénus Express, il étudiera la basse atmosphère de la planète, de 0 à 100 kilomètres.
Virtis équipe également la sonde Rosetta : normal, il était d'abord destiné à cette mission. Nous n'avons jamais pensé l'envoyer sur Vénus quand nous l'avons conçu. Je dis "nous" parce que Virtis est le résultat d'une coopération entre les agences spatiales française, italienne et allemande.

Si Virtis équipe déjà la sonde Rosetta, quelles ont été les modifications apportées pour la mission Venus Express ? A quelles difficultés vous êtes vous heurté ?
Virtis a été prévu au départ pour une grande flexibilité. Mais il reste néanmoins de grandes différences entre la mission Rosetta et Vénus Express. La première concerne un objet sombre, la seconde un objet proche du Soleil. Voilà pourquoi il a essentiellement fallu trouver des moyens pour limiter l'échauffement.
En effet, pour travailler dans l'infrarouge sans être perturbé par ses propres émissions, l'instrument doit être dans le froid, à -200 °C. Le corps de l'appareil aussi doit rester froid. L'appareil qui équipe Rosetta est à -140 °C. Pour Vénus express, on n'a pas pu descendre sous -120 °C. C'est limite mais ça fonctionne.

Quels sont les premiers résultats ?
On commence seulement à travailler. Des annonces sont et seront faites régulièrement mais on ne pourra pas faire d'article de fond avant 6 mois. Cela dit, même si on n'a pas encore une analyse approfondie, on sait déjà qu'on aura des résultats. Et on commence.
Par exemple, grâce à des mesures de la composition en CO (monoxyde de carbone) de l'atmosphère, on a pu constater qu'il existe une corrélation entre la dynamique générale et les variations des constituants de l'atmosphère.
On a aussi obtenu de magnifiques images du pôle Sud et de son double vortex. Mais pour le moment, on n'en comprend pas les mécanismes.

Combien de temps devrait durer cette mission ?
La mission nominale est prévue pour durer 500 jours, soit jusqu'à octobre 2007. Si tout va bien, elle sera étendue de 500 jours de plus (2 jours vénusiens), soit 3 ans de fonctionnement en tout.

Quel est votre prochain projet ?
Je travaille déjà sur 2 autres missions, Mars express et Rosetta (en croisière pour le moment). L'ESA lancera un appel de projet d'ici quelques mois : mon souhait serait d'aller explorer Jupiter. Mais l'agence spatiale européenne fera une sélection parmi tous les projets. On aura une réponse d'ici un an.

Posté par jmlir à 13:41 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    C'est vraiment intéressant. J'ai suivi les reportages sur Mars à la télé mais bon on est pas prêts d'aller habiter ailleurs que sur notre bonne vieille terre!!
    A+!

    Posté par lesmotive, 05 octobre 2006 à 16:43

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